Native Immersion | [CANADA] En territoire Atikamekw
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[CANADA] En territoire Atikamekw

Ce matin, je me réveille de bonne heure.

Certainement à cause du décalage horaire, que mon corps n’a pas encore évacué.

Le village est calme, même les chiens dorment encore. Il doit être environ 5 heures et le soleil, fidèle à son habitude, se lève doucement. J’aime ces matins-là, lorsque je peux observer l’astre embrumé se lever sur le lac.

Tout à l’heure, je vais « partir dans le bois ». C’est comme cela ici, que l’on nomme la forêt. Carlo et Norbert, les guides de Tourisme Manawan, l’office de tourisme local, vont bientôt commencer à s’affairer pour préparer les bateaux à moteur car on attend des clients aujourd’hui. Ils vont passer deux jours en pleine forêt boréale, sur une île qu’on appelle « le site », Matakan en Atikamekw. Là-bas, un campement traditionnel est monté de manière permanente, afin de leur permettre de vivre l’expérience de vie dans le bois. Un lieu préservé, d’un calme profond,  en totale connexion avec la nature, au coeur du territoire atikamekw.

J’ouvre les yeux. Je crois que je me suis assoupie. Je jette un oeil par la fenêtre, il est déjà 9 heures.

Les nuages sont chassés par le vent. Je crois qu’il va faire beau! J’irai rejoindre les voyageurs dans l’après-midi, avec mes amis. Tonton Makio m’a promis qu’on irait. En vrai, il s’appelle Jean-Marc, mais ici, je l’appelle Tonton, ou Nimicomec – prononcer nimichomèche. Toujours un mot gentil, l’oeil rieur, et une blague sortie de son petit carnet, dans lequel il les consigne. Il aime bien faire rire les petites Européennes, Tonton.

C’est vers 14h que nous nous retrouvons au débarcadère du village, zone de mise à l’eau des bateaux. Des enfants et des chiens se baignent encore dans l’eau sombre du lac Madon, de son nom atikamekw Metapeckeka. La température est idéale en ce mois de septembre.

Le moteur retentit et le vent s’engouffre dans mes cheveux. La température est plus fraîche, une fois sur le lac. La traversée dure une vingtaine de minutes avant d’arriver au camp et j’ai le temps d’apprécier la beauté du paysage. Le village disparait au loin. Devant nous, la Nature. La sauvage. La vraie. Le territoire ancestral des Atikamekw, qu’ils partagent avec les orignaux, les castors, les ours et les loups.



Au détour d’un virage, on aperçoit de petites cabanes au bord des rives. Ce sont des campements de trappes et de chasse des familles atikamekw du village, éparpillés sur le territoire. En hiver, lorsque les températures descendent en dessous de zéro, il arrive que certains randonneurs atikamekw trouvent refuge dans ces petits chalets, si leur motoneige vient à rencontrer un problème technique. En attendant d’être secourus par les membres du village, ils peuvent y patienter au chaud.

Soudain, nous l’apercevons.

L’aigle royal. Il nous jauge depuis son perchoir et finit par s’envoler vers un lieu plus tranquille, à mesure que nous approchons.


Puis, Makio ralentit le bateau. Nous approchons. A certains endroits, il faut faire attention, car des rochers invisibles pourraient endommager la coque. Des flotteurs disposés aux endroits délicats nous aident à trouver notre chemin.

On entend un bruit de moteur. Des hydravions! Ils viennent de déposer les voyageurs sur l’île et repartent à leur base. Nous les regardons s’élancer sur le lac et s’envoler.


Bientôt, le silence revient. Seul le clapotis de l’eau contre le bateau se fait entendre. Un dernier virage. Nous arrivons au camp.

Lui, c’est Tcotcitcon.

La traduction atikamekw de Saucisson. En fait, Baptiste, de son prénom. Tout le monde ou presque, chez les Atikamekw, a un nom de baptême, et un surnom, la plupart du temps attribué par celle qu’on appelle « Kokom », la grand-mère. Tcotcitcon est au site avec ses parents, Debby et Carlo, qui sont respectivement cuisinière et guide, le temps du séjour en forêt. Il a l’air content de me voir. Je le connais depuis qu’il a 4 ans. Tcotcitcon, il parle beaucoup mieux l’atikamekw que le français et m’a enseigné certaines bases linguistiques, très utiles pour épater mes amis au village. Il aime mettre une casquette des Yankees et manger de la slush qui colore la langue en bleu. Il aime particulièrement jouer à courir après une grande personne, tout autour du camp. On entend son rire résonner dans la baie. Et comme tout Atikamekw qui se respecte, il adore accompagner son papa à la pêche.


Bienvenue au site Matakan!

Mon ami Carlo me salut en riant. Les visiteurs sont en train de prendre leurs quartiers dans les tipis en toile, aménagés pour l’occasion. Des branches de sapin frais, que l’on appelle « sapinage », sont tapissées au sol et embaument avec délice l’espace de couchage. Au centre des tipis, un foyer près à être utilisé est installé. Je vais embrasser Debby, qui s’affaire en cuisine.

« Prends donc un peu de tisane de sorbier ». Je porte le gobelet à mes lèvres et soupire de contentement. Je pars m’asseoir avec le groupe, rassemblé pour écouter les directives relatives à l’utilisation des canots. Plus tard, nous allons partir tendre les filets de pêche, pour le repas du lendemain.

Dans la cuisine et la salle à manger attenante, émane une odeur acidulée. Des bleuets  – sorte de myrtilles – sont en train de mijoter dans une casserole, tandis qu’une banique, le pain traditionnel amérindien, cuit doucement. Debby rit en voyant mon regard gourmand. « Tiens, goûte ma confiture de bleuets maison! »



Extase gustative! Mais Carlo m’appelle déjà à l’extérieur. « On s’en va poser les filets! »

Tcotcitcon vient avec nous. On s’habille chaudement, car le vent sur le bateau à moteur a vite fait de nous refroidir.




Le soleil est déjà bas et disparait bientôt à l’horizon. Certains membres du groupe sont partis explorer les environs en canot. Nous les dépassons pour rejoindre les zones de pêche et tendre le filet. Demain matin, nous viendrons vérifier nos prises. Tcotcitcon s’installe à l’avant et se laisse bercer par les mouvements du bateau. Avec la vitesse, on reçoit quelques embruns au visage.

Nous rentrons à la tombée du jour. Les lampes à pétrole sont allumées et invitent chaleureusement à s’attabler pour un bon repas. Il fait bon dans la salle.

« ACI!! » Tcotcitcon a faim. Aci – prononcer « aji »- est notre équivalent de « ça y est » ou « c’est prêt ». Nous prenons place. Debby, Carlo et Norbert nous apportent des plats bien remplis de viande d’orignal et de légumes. L’orignal ou l’élan, que l’on chasse ici traditionnellement en automne et que l’on prépare parfois en ragoût. La bonne banique encore chaude et croustillante sera notre pain de table. Délicieux! Moi la banique, je sais la faire à la poêle. C’est Debby et aussi Kokom Aline, une des meilleures cuisinières du village, qui me l’ont appris. Mais traditionnellement, on la fait cuire sous la cendre d’un feu de bois.


Les bruissements de la nuit arrivent avec l’obscurité. La brise susurre dans les pins et les bouleaux, les vagues rythmées font tanguer les embarcations, et les animaux nocturnes lancent des cris qui brisent le silence, renvoyés par l’écho de l’autre rive. Dans la nuit, une lumière apparait. Un bateau approche lentement. C’est Sakay, un des musiciens réputés du village. ll est venu partager la veillée avec nous, accompagné de sa guitare. Sakay chante en atikamekw et en français et, du bout de ses lèvres, raconte l’histoire de sa nation. Autour du feu qui crépite, réchauffés par la lumière qu’ils mettent dans nos corps et nos coeurs, nous nous laissons envelopper par la voix de Sakay et le feu dansant.

Les voyageurs fatigués et bercés par la musique ne tardent pas à aller se coucher. A la frontale, on rejoint son tipi, que Norbert est allé préparé après le repas. Marcher doucement sur le sol mousseux du chemin, entre les arbres, et déboucher sur une sorte de loupiote géante. Magique. Tout à l’heure, je m’allongerai dans mon duvet. J’adore dormir en pleine nature, sur le sol, on jurerai pouvoir ressentir les vibrations de la Terre. Et là, étendu, le feu crépitant, les bruits du vent, quelques étoiles apparaissant par la cheminée ouverte du tipi…on se sent protégé, comme dans un cocon.


Le feu extérieur s’étouffe peu à peu, laissant la place à l’obscurité. Je m’allonge sur le banc et regarde les étoiles apparaître. On n’entend plus que le bruit des vagues qui terminent leur course sur la plage. La lune se lève. Je reste quelques instants à l’admirer.



De petits craquements près de mon oreille me sortent de ma torpeur.

Ce doit-être un écureuil…Quelle heure est il? Quelques rayons caressent la toile du tipi.

En sortant, je tombe sur des peaux d’ours perlées de gouttes d’eau, que je n’avais pas remarquées hier. Parfois, des ours noirs s’aventurent dans les environs du camp. Les guides, tous d’habiles chasseurs, en attrapent quelques uns par année. Les peaux sont conservées, et servent à la confection de mitaines {gants}, de mocassins ou de manteaux pour l’hiver. Comme pour tout animal chassé par les Atikamekw, la viande est cuisinée et consommée. Les Atikamekw sont d’une lignée de nomades chasseurs-cueilleurs. Ils pratiquent activement la chasse, la trappe et la pêche, encore des moyens de subsistance pour beaucoup de familles vivant au village.

Tcotcitcon est déjà debout. Il sait que tout à l’heure, on va aller lever les filets, puis préparer les poissons pour le repas de midi.

L’atmosphère est paisible et douce. Ici, on prend le temps de vivre. Pas de connexion internet. Ce que j’aime, c’est que l’expérience offerte aux visiteurs est aussi naturelle et authentique que ce que vivent les Atikamekw à longueur d’année dans leur territoire. On passe du temps en famille, on invite des amis autour d’un bon repas, fait de viande d’orignal, de banique ou de poisson. Les enfants se baignent, vont à la pêche, font du canot. Très accueillants et rieurs, les Atikamekw sont des personnes adorables. On est considéré comme si on faisait partie de la famille.

Ce matin, quelques uns des visiteurs font le tour du sentier pédestre, à la recherche de plantes médicinales. D’autres, comme moi, prennent le temps de savourer le petit déjeuner.

Debby a préparé de la banique frite, à déguster avec un café et de la confiture de bleuets, que j’avais eu la chance de goûter la veille…


Dans la salle à manger trônent des paniers en écorce de bouleau, fabriqués par les Atikamekw. Peuple de l’écorce, ils fabriquaient autrefois des canots entièrement réalisés dans cette matière. Aujourd’hui, il reste quelques artisans détenteurs du savoir-faire ancestral. Les paniers, utilisés pour récolter l’eau d’érable, en prévision de la préparation du sirop, sont maintenant utilisés à des fins décoratives. Les artisans atikamekw sont très talentueux, auteurs de magnifiques réalisations, avec le bois, l’écorce, le perlage et la confection de vêtements et accessoires en peau.

Il est temps de finir ma tasse de café et de me préparer. Tcotcitcon trépigne. On s’en va aux filets!

En chemin, on passe devant des pétroglyphes, gravés dans la roche. Des empreintes laissées par les ancêtres des Atikamekw, il y a fort longtemps de cela…

Puis on va jeter un oeil sur l’île de l’Amour. L’île de l’Amour, c’est une petite île, juste assez grande pour installer un chalet et ses dépendances. Ici, les Atikamekw ont prévu construire un nid d’amour aux couples, jeunes mariés, ou un peu moins jeunes, qui souhaiteraient passer une fin de semaine au coeur de leur territoire. Le chantier est bien engagé. Je pense aux chanceux qui testeront le forfait à la saison chaude…

Après plusieurs minutes de navigation, nous rejoignons un autre bateau.

Daveen, Eddy et Forrest, sont arrivés du village et sont là pour nous aider à relever les filets.


Woohoo la pêche est fructueuse!

Environ 40 poissons, de toutes tailles, certains très gros. De la truite, du brochet, du corégone – « poisson blanc » qui a donné son nom aux Atikamekw – et du doré, le poisson star des lacs du coin, aux écailles dorées caractéristiques.

Retour au camp. Tout le monde est ravi de notre butin! Tcotcitcon brandit fièrement un des plus gros spécimens de dorés de notre pêche. Un poisson succulent.

Il faut maintenant préparer les poissons, et le maître à cet art délicat, c’est Forrest, alias Tci-Boule.

Tci-Boule est le fils cadet de Debby et Carlo. C’est aussi le grand frère de Tcotcitcon. Forrest, le bois, il est aussi « tombé dedans quand il était petit ». Sa maman me raconte une histoire de son enfance. La fois où, affolés, ils étaient partis à sa recherche, dans leur campement familial. Forrest n’avait que 4 ans. Ses parents s’étaient levés, un matin, et ne savaient plus où était passé leur petit garçon. Quelques temps plus tard, ils distinguent un canot au large. Le petit bonhomme pagayait tranquillement et avec assurance vers son point de retour. A son arrivée, il ne comprenait pas quel était le problème : « Mais Maman, j’avais mis mon gilet de sauvetage! ».




Lorsque la pêche a été trop fructueuse, on n’oublie pas d’en mettre de côté pour les familles dans le besoin, ou les personnes âgées, les « aînés », qui n’ont pas la possibilité d’aller pêcher par eux-mêmes. Norbert va distribuer le poisson frais dans la journée.

De nouveau, un bateau s’approche tranquillement du campement et vient s’amarrer au débarcadère. Gildor conduit l’embarcation. A son bord, un couple d’aînés Atikamekw bien connus au village : Madeleine et Armand.

Aussitôt arrivés, Carlo leur offre le thé, en guise de bienvenue. Ils échangent quelques mots en atikamekw.

Depuis que je les connais et de manière générale, les Amérindiens sont des personnes discrètes et plutôt réservées. Le contact visuel n’est pas aussi appuyé que le voudrait la bienséance européenne ou même « occidentale », et le contact physique est rare. Etant une personne introvertie, je ne suis pas incommodée par leur nature, car les effusions bruyantes avec des inconnus, à la manière anglo-saxonne, me rendent mal à l’aise. C’est donc souvent avec un sourire que l’on se salue. Mais si l’on souhaite un échange plus intense, il existe une solution imparable : parler dans leur langue. Je vous promets que dès ce moment, on capte toute leur attention! Je l’ai souvent vérifié avec des aînés, et ce sont toujours des instants très drôles. KWE. Prononcer « coué ». Salut en Atikamekw. Ce mot magique ouvre bien des portes! (:


Madeleine et Armand sont deux aînés rieurs et discrets à la fois. Ils viennent nous faire une démonstration d’artisanat avec de l’écorce de bouleau. Excellents artisans, ils font de magnifiques paniers d’écorce. Le soleil est au rendez-vous pour éclairer notre petit atelier, qui démarre sur une des tables d’extérieur. L’air sens bon le pin et le doré, que Debby commence à faire frire dans la poêle. Armand vient même jeter un oeil à notre prise du matin.

Je m’approche de la table où l’atelier s’anime. Madeleine et Armand s’affairent à affûter leurs outils et sélectionner les bons matériaux. C’est fascinant. Leurs mains exercées font peu à peu prendre forme à un canot, dans l’écorce.



  

Ce que l’on éprouve au contact de personnes âgées est toujours assez spécial. Elles nous intimident autant qu’elles nous attendrissent. Elles portent sur leur corps, leur visage, les traces indéniables du temps, de leur histoire. Mais finalement, peu importe la langue dans laquelle on se parle, d’ailleurs même si l’on ne se parle pas du tout. Comme cela m’arrive souvent avec les autochtones. Etre juste là, près d’eux, échanger un moment et sentir la sagesse qui en émane. Les écouter rire et plaisanter en atikamekw, parler quelques mots de français pour nous expliquer leurs manipulations. Un vrai moment de partage!

Après le repas, nous prenons congés de nos maîtres artisans, pour une exploration des environs. Nous sommes quelques-uns à embarquer dans un des bateaux pour aller observer une hutte de castors. En règle générale, ceux-ci sont visibles en fin de journée, glissant sur l’eau aussi gracieusement qu’une vague, alors que le soleil disparaît. Nous sommes l’après-midi et même si les castors se reposent certainement à cette heure, l’atmosphère qui occupe cette petite baie est tout simplement incroyable. Avec ses herbes hautes, son eau couleur rouille, ses épinettes. Nous nous laissons flotter silencieusement, nous remplissant de la beauté du lieu. En forêt, une rencontre impromptue peut arriver à tout moment, et nos sens sont en alerte.

Je me souviens de la première fois où je suis allée dans le bois, sur le territoire des Wendats. Des traces d’orignal toutes fraîches traversaient la piste. Juste le fait de poser le pied sur la piste, effleurer du doigt l’empreinte de l’animal, et penser qu’il était peut-être en train de nous observer depuis l’épaisse forêt, j’en avais des palpitations!





Il y a d’excellents trappeurs au village. Jean-Roch est celui qui m’a le premier fait goûter au castor du coin. On est allés avec ses fils, en automne, vérifier les pièges qu’il avait posé dans le lac. Manque de chance cette-fois là, la glace n’avait pas assez pris, ce qui rendait très difficile la capture. Nous étions rentrés bredouilles. Mais à ce qu’il paraît, certains, comme Jean-Roch, savent les attraper à la main…

De retour au camp, une surprise m’attend.


Fernand, un aîné de la communauté pour qui j’ai particulièrement de l’affection, est venu partager avec nous sa sagesse, le temps d’une tisane, servie dans un tipi. Je suis toujours heureuse de le voir. Fernand est ce qu’on appelle un homme-médecine, il soigne de manière traditionnelle, avec des plantes et des prières. Il m’a déjà soignée plus d’une fois, quand je suis tombée malade lors de mes séjours longue durée dans la communauté. Lorsqu’on demande des soins ou une consultation à un homme ou une femme médecine, il est d’usage d’apporter du tabac, par respect et considération. J’apportais donc des cigarettes, achetées au dépanneur du village, à mon ami-médecin pour les séances de soin.

Nous nous disposons tous en cercle sur le sapinage parfumé et laissons Fernand raconter son histoire. Il s’exprime doucement, faisant de longues pauses, et sirotant sa tisane. Parfois, il ferme les yeux, comme pour peser chaque mot qu’il prononce. Il parle de sa nation, de sa communauté, de son histoire en tant que membre des Premières Nations. Il nous met face aux réalités de la vie. Nous parlons aussi de spiritualité, de ses nombreux symboles et de la manière dont les autochtones, aujourd’hui, métissent les traditions et le mode de vie moderne, pour redéfinir leur identité.

Je ne vois pas le temps passer, absorbée par l’enseignement de Fernand. Le soleil décline déjà.

J’embrasse Fernand qui retourne au village auprès de sa bien-aimée.

Une autre surprise nous attend, alors que la lumière du soleil couchant enveloppe le paysage d’une pellicule orangée.



Les Black Bear Singers.

Ce sont les chanteurs et drummers – batteurs de tambour – de la communauté de Manawan. De jeunes hommes et jeunes femmes, chantant des chants gutturaux et jouant en rythme et en cercle, autour du grand tambour. Gagnants de nombreuses distinctions, les Black Bear, en référence à l’ours noir qui vit dans leurs forêts, se produisent plusieurs fois par année à l’occasion de fêtes traditionnelles, que l’on appelle Pow Wow, dans toute l’Amérique du Nord. Ils sont un peu la fierté locale, et pour cause, ils sont vraiment excellents.


Après quelques mots d’introduction, les garçons commencent à battre doucement le tambour, ou DRUM, en rythme. Ils ont de nouvelles chansons et souhaitent les partager avec nous. Un meneur tape plus fort et donne le ton au chant. Puis les voix, lancinantes, en choeur, s’assemblent. Pour chanter plus aigu, ils pressent leurs doigts sur leur pomme d’Adam. Puis ils sont rejoins par les femmes, qui donnent encore plus de résonnance aux mots. Une sorte de cri de guerre, continu, rythmé par les puissantes vibrations du tambour, représentant le coeur de la Terre Mère qui bat. Personne ne reste insensible à de tels chants, qui vont chercher en nous, dans nos poitrines et nos entrailles, les origines de l’humanité, la connexion à la Terre et au Ciel. Lorsque l’on s’approche assez près, les battements ne viennent plus seulement assourdir nos oreilles. Ils font vibrer nos cages thoraciques.


La journée se termine paisiblement, comme toujours à un pareil endroit.

Les variations de couleurs du couchant se reflètent dans le lac, changeant de minute en minute.

A cet instant, je ne pense à rien d’autre que ce sentiment de plénitude qui m’envahit. Le paradis est là.